Plus fort que Jurassic Park, où le passé revit dans la fiction, avec le séquençage de l’ADN, la paléogénétique s’est inventé une vraie machine à remonter le temps, inaugurant un extraordinaire voyage scientifique.

Ludovic Orlando en est un pionnier. Son livre montre comment la génomique, grâce aux progrès fulgurants de la génétique, jette un éclairage inédit sur l’évolution de l’homme — ses migrations, ses sociétés et même ses langues —, mais aussi sur les grandes épidémies du passé, l’évolution du cheval et sa domestication, la naissance de l’agriculture, etc.
C’est passionnant comme un roman policier : on résout des énigmes, de l’origine de la tortilla au mystère de l’extinction du mammouth et de l’ours des cavernes. C’est politique, aussi : déconvenue des suprémacistes blancs apprenant que l’homme de Cheddar, ancêtre emblématique des Britanniques, avait la peau noire ; usage biaisé de données génétiques contre les Palestiniens ; révélations sur un guerrier viking qui se révèle avoir été… une femme.
Avec la paléogénomique, science d’avenir révélant un passé qui a des enjeux pour le présent, Ludovic Orlando nous entraîne dans une aventure scientifique éblouissante, aux confins du monde et dans la profondeur des temps.
La paléogénétique, c'est toute une panoplie de techniques permettant de faire "revivre" l'ADN contenu dans des sédiments, des ossements anciens. Bien sûr, cet ADN ne nous parvient pas intact et le premier travail des paléogénéticiens est de l'amplifier et de le reconstituer.
Grace à ces recherches, depuis les années 80, les avancées sont nombreuses et toujours sensationnelles. Ces découvertes font souvent la une des journaux scientifiques (ou people !).
Ludovic Orlando égrène et raconte les plus belles progressions de la paléogénétique. On peut citer en 2010 le séquençage complet de l'ADNmt de Néandertal, puis en 2013 le séquençage complet du génome de Néandertal, ou en 2010 la découverte d'ADN néandertalien dans celui d'Homo sapiens...
Ces recherches ont même permis de découvrir l'existence d'une espèce d'hominidé en analysant uniquement un petit bout de doigt retrouvé dans la grotte de Denisova, en Sibérie ! Puis, toujours sans avoir de crâne, de trouver la trace de l'Homme de Denisova au Tibet. D'ailleurs, on peut même maintenant reconstituer en partie les grands mouvements de populations...
Mais ces nouvelles possibilités de la génétique ne concernent pas que l'humanité... d'autres animaux sont concernés, comme le cheval et son évolution. Il est même maintenant possible de trouver quel hominidé a occupé une grotte en étudiant les morceaux d'ADN trouvés dans la stratigraphie et les sédiments...
Pour revivre ces découvertes et bien d'autres, lisez ce livre passionnant de Ludovic Orlando. Vous allez partir en voyage... mais dans le passé !
Ludovic Orlando est docteur en paléogénétique, directeur de recherche au CNRS, et dirige le centre d’anthropologie et de génomique de Toulouse à l’université Paul-Sabatier. Il est l’auteur du séquençage du plus ancien génome connu à ce jour, a été le premier à caractériser un épigénome ancien et à reconstituer l’histoire génomique de la domestication du cheval.
Jean Guilaine est professeur émérite au Collège de France, spécialiste du Néolithique.
